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Réhabilitons l'escrime médiévale ! Au début de l'année 2003, je montai un projet de bande dessinée dont l'histoire se déroulait au milieu du 15ème siècle. C'est en me documentant sur les méthodes de combat médiévales que je découvris alors les maîtres allemands du 14ème et du 15ème siècle. Ce fut une véritable révélation doublée d'un coup de foudre. Malheureusement ce fut aussi la révélation d'une injustice manifeste… Une piètre image… Comme bon nombre de mes contemporains abreuvés de cinéma et de littérature moderne, j'imaginais les chevaliers, ces professionnels de la guerre, comme des brutes mal dégrossies engoncées dans des armures leur interdisant tout espoir de survie s'ils venaient à tomber, manœuvrant à grands coups des épées de plus de dix kilos. Lancée dans une quête éperdue d'un sensationnel aux vertus commerciales indubitables, l'industrie du spectacle a largement contribué à l'entretien d'idées fausses. La vraisemblance est reléguée aux essais et documentaires qui ont moins la faveur du grand public. Contrairement à ce que l'on s'imagine aujourd'hui, une épée sortie de son fourreau ne fait pas de bruit, le poids moyen d'une épée longue est d'environ deux kilos et demi, une armure complète utilisée à la guerre ne dépassait que rarement les trente kilos et en aucune façon elle n'entravait les mouvement de celui qui la portait ni ne justifiait l'usage d'une grue pour mettre le chevalier en selle - bien au contraire, puisque entraînés certains pouvaient monter en selle d'un seul bond. … qui nous vient d'où ? Le dénigrement de l'escrime médiévale semble s'être opéré en trois temps. L'image de l'escrime médiévale s'est d'abord dégradée avec la Renaissance, sous l'action conjuguée de l'évolution des mentalités et des technologies : apparition de la rapière au cours du 16ème siècle et développement des armes à feu. C'est d'ailleurs à cette même période que le sens du mot escrime glisse de l'art du combat - toutes armes confondues - pour devenir l'art de l'épée, jusqu'à sa définition actuelle à savoir l'art de manier l'épée, le fleuret et le sabre. Selon Matthew Galas, c'est au 19ème siècle qu'Egerton Castle va ensuite marquer le monde de l'escrime historique par son ouvrage paru en 1884 et qui fera depuis lors autorité en la matière. Pourtant, Castle ne fait que refléter l'idée partagée par les autres auteurs de son temps, selon laquelle l'escrime est née dans l'Italie de la Renaissance. La profusion de manuels traitant de la rapière parus à partir du 16ème siècle leur a permis de soutenir cette thèse. Leurs auteurs furent alors considérés comme les fondateurs de l'escrime en tant que pratique systémique, élégante et courtoise, tout le contraire des prétendues habitudes guerrières désordonnées, grossières et brutales du siècle précédent. De plus, Castle était intimement persuadé de voir son propre siècle comme la consécration de l'escrime ayant atteint la plus pure perfection. Enfin, au début du 20ème siècle, le code de l'honneur est officiellement supprimé (du code pénal). La diffamation ou l'injure ne se lave plus en duel, par l'arme blanche ou l'arme à feu, mais au tribunal. 1906 voit la fondation de la Fédération Française d'Escrime, suivie en 1913 par la Fédération Internationale d'escrime. D'art, l'escrime devient sport. Désormais, peu importe de réduire son adversaire en restant sauf soi-même, seul compte de toucher le premier au mépris de l'être immédiatement après. L'évolution des techniques - incluant l'équipement - de cette discipline sportive est entièrement vouée à l'accomplissement de ce nouvel objectif : la touche, vidant du même coup l'essence martiale qui en fut à l'origine. Peut on alors parler d'escrime au 14ème et au 15ème siècle ? L'Histoire a prouvé qu'une chose était admise comme vraie jusqu'à ce qu'une découverte démontre le contraire. C'est un peu le cas aujourd'hui aussi : en s'appuyant sur une logique à rebours de l'évolution des pratiques martiales, je pense que l'on peut parler d'escrime bien avant la Renaissance, et surtout bien avant la période qui nous intéresse. Les manuscrits du 14ème et 15ème siècle qui nous sont parvenus à ce jour en sont la preuve et peuvent être objectivement mis en relation avec les ouvrages italiens du 16ème siècle. Deux idées peuvent ainsi être mise en lumière. Primo, l'escrime médiévale est un système. Secundo, de nombreux principes de l'escrime médiévale seront adaptés à la rapière et utilisés dans l'escrime moderne : l'avantage temporel de l'estoc sur la taille, la division du corps en zones cibles, l'importance de l'initiative et le contrôle du fer. Si l'épée longue représente le cœur de l'enseignement des maîtres des 14ème et 15ème siècles, ceux-ci ont découpé leurs ouvrages en grandes catégories : le combat civil - sans armure ; le combat monté en armure - à cheval ; et le combat démonté en armure - à pieds. Ces catégories sont elles-même subdivisées en sous-catégories regroupant les différentes armes chevaleresques comme l'épée longue, l'épée et bouclier, la hache d'arme, la dague, la lance courte, sans oublier la lutte. A chaque technique de combat, chaque arme, sont intégrées des techniques de lutte, à la grande différence de l'escrime moderne, tant dans sa version ancienne que sportive. Cela peut expliquer pourquoi l'escrime médiévale a pu paraître si brutale pour des esprits qui ont rejeté toute idée de lutte ou de corps à corps. Il faut bien sûr se garder d'être trop catégorique quant
aux conclusions d'une étude basée sur de rares ouvrages qui ont eu la
chance de subsister jusqu'à nos jours. Il est tout à fait possible que
de nombreux autres manuels aient été perdus, en Italie, en Allemagne,
en France ou ailleurs. Le fait même de ne pas coucher par écrit l'enseignement
d'un maître - par lui-même ou par un tiers - ne permet pas de conclure
à son inexistence. Par exemple, seul un manuel d'escrime a été retrouvé
en France à ce jour (traité bourguignon sur la hache d'arme de surcroît)
: cela ne signifie pas qu'il n'ait pas existé d'autres traités ; cela
n'exclut pas non plus que d'autres maîtres aient pu systématiser leur
expérience et prodiguer leur enseignement, serait-ce à l'oral. D'ailleurs,
selon une source italienne de l'époque, les français étaient de redoutables
escrimeurs, mais ils ne jugeaient pas opportun de coucher leur art par
écrit. Les manuscrits Liste non exhaustive : Le ms I.33 fin du 13ème siècle. Hanko Doebringer 1389 le premier à travailler à partir des enseignements de Johannes Liechtenauer (dans les 1380), dont il fut probablement un élève directe. Fiore dei Liberi " flos duellatorum " 1410. Sigmund Ringeck dans les 1440 style Liechtenauer. Peter von Danzig 1452 style Liechtenauer. Hans Talhoffer 1443 (de Gotha), deux en 1459 (d'Ambras et de Copenhague) et un dernier en 1467. Fillipo Vadi dans les 1480 style Liberi. En vrac pour le 15ème siècle : un traité bourguignon anonyme sur la hache d'arme, Codex Wallerstein, Gladiatoria, Goliath, ms 3542 et ms 39564 (manuscrits anglais sur l'art de l'épée). |